Samedi 22 Novembre 2008

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Métier : Meristeme

MeristemeIsabelle Belloir-Geffray est paysagiste indépendante. Elle travaille entre autres pour le compte de Méristème, une agence de paysagistes concepteurs basée à Paris et dans les Côtes d'Armor. Elle revient sur son parcours et évoque avec nous les attraits de son métier.



DirectEmploi : Parlez-nous de votre parcours...

Isabelle Belloir-Jeffray : Au lycée, j'ai suivi un cursus général classique avec un baccalauréat littéraire à la clef. C'est en terminale, en consultant des brochures que j'ai découvert le métier de paysagiste. Je voulais intégrer l'Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles (ENSPV) mais il fallait être titulaire d'un bac + 2. J'ai donc commencé par un BTA Produits horticoles car je voulais avoir « les mains dans la terre » et j'ai validé ma deuxième année post-bac en décrochant un BTS Aménagements Paysagers. J'ai tenté le concours de Versailles pendant ma deuxième année de BTS et je l'ai raté. Mais je n'ai pas baissé les bras ; j'ai suivi un an de préparation à ce concours dans un lycée horticole à Montreuil ; et j'ai ainsi intégré l'ENSPV l'année suivante. Au bout de quatre années d'études passionnantes, j'ai obtenu mon diplôme en juillet 2003.

DirectEmploi : Comment décririez-vous votre métier ?

Isabelle Belloir-Jeffray : Le paysagiste aménage l'espace tout en le respectant. Cette idée de respect est primordiale car on n'est jamais en présence d'un site vierge. Il faut tenir compte de l'histoire, de la topographie d'un lieu avant d'envisager sa transformation. En outre, il ne s'agit pas seulement de concevoir un espace mais de réfléchir à sa pérennité, à sa durabilité. C'est aussi cela le rôle du paysagiste : mener des projets écologiquement viables, remettre en cause les pratiques contre-nature et sensibiliser les autres acteurs du paysage (bureaux d'étude, mairies et autres collectivités, entrepreneurs...) sur ces questions.
Mes missions consistent à aménager l'espace public en général, urbain ou rural, petit ou grand. Il peut s'agir d'études d'implantation d'éoliennes, de déviation de bourgs, d'aménagement de voie, de requalification de villages, de création de zones d'activités, de lotissements, de conception de parcs, de cimetières, etc. En Bretagne, où j'exerce actuellement, on est très sensible aux problématiques environnementales. Par exemple, je travaille avec un syndicat de bassin versant pour sensibiliser les communes du bassin aux pratiques d'entretien de leurs espaces publics : un espace entretenu sans produits phytosanitaires peut, à coût constant, être un espace « bien entretenu ». Cela suppose un changement dans notre manière de percevoir et de concevoir les espaces verts.

DirectEmploi : Qu'est-ce que vous aimez dans ce métier ?

Isabelle Belloir-Jeffray : Chaque intervention est différente. La diversité des échelles (jardin, cimetière, rue...) et des interlocuteurs (architectes, bureaux d'études, communes,) est telle qu'on porte à chaque fois un regard neuf sur l'espace à aménager et sur la manière dont on va l'aménager. Par ailleurs, ce travail en équipe offre une expérience riche de contacts et d'enseignements ; les points de vue sont souvent divergents et cela amène à se remettre régulièrement en question. On doit aussi souvent se confronter à un public réticent : il faut savoir convaincre.
Le paysagiste n'est pas missionné pour effectuer des interventions limitées au végétal, sa démarche est bien plus large, elle touche aux domaines de l'écologie, de l'urbanisme, elle aborde les aspects techniques, réglementaires... Son approche est pluridisciplinaire.

DirectEmploi : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent suivre votre voie ?

Isabelle Belloir-Jeffray : Tout d'abord, je souhaite faire un distinguo important. Les gens confondent souvent les « entrepreneurs paysagistes » et les « paysagistes concepteurs » (celui qu'on appelle aussi « architecte paysagiste » et « paysagiste conseil » dans les Pages Jaunes).
L'entrepreneur paysagiste fait de la création sur le terrain, notamment dans les jardins privés, il est également à l'origine de la conception du projet.
Le paysagiste concepteur travaille dans une agence de paysage, un bureau d'études, une agence d'architecture... Il ne fait que de la conception, essentiellement en maîtrise d'oeuvre publique. Le titre « paysagiste » n'est pas un statut reconnu comme l'est celui d'architecte en bâtiment ; la Fédération française du Paysage (FFP) se bat pour changer cela.

Un paysagiste doit être curieux. J'ai toujours mon appareil photo et mon carnet de croquis sur moi car c'est la nature et tout ce qui nous entoure qui nous inspire. Il faut aussi cultiver une certaine naïveté et une modestie vis-à-vis du paysage.
En termes de carrière, on peut bien sûr envisager de diriger un jour sa propre agence ; Si on tient compte du niveau d'études, les revenus ne sont pas mirobolants. En revanche, nos compétences sont de plus en plus sollicitées et la conjoncture est favorable.
C'est un métier-passion, une vocation.

Voir également : Entretien avec JV PROSPECTIVES - Entretien avec ENERGIA.